Le parc éolien français et ses impacts sur l’avifaune

La LPO a compilé les nombreux suivis environnementaux réalisés ces dernières années au pied des éoliennes françaises. Elle publie aujourd’hui l’étude issue de leur analyse qui présente pour la première fois à l’échelle nationale, la mortalité des oiseaux imputable aux éoliennes. La LPO identifie certains facteurs d’impact et émet des recommandations pour les réduire.

Des suivis environnementaux inégaux

La LPO a étudié les 197 rapports de suivis réalisés sous 1 065 éoliennes réparties sur 142 parcs français. Force est de constater que leur qualité est inégale et dépend essentiellement des enjeux environnementaux pré identifiés.

Une mortalité très hétérogène

Le nombre de cas de collisions constatés peut paraître faible au regard de l’effort de prospection mis en œuvre : 37 839 prospections documentées ont permis de découvrir 1 102 cadavres appartenant à 97 espèces d’oiseaux.

L’estimation de la mortalité réelle – qui nécessite de mesurer la durée de persistance des cadavres et le taux de détection – n’a en fait été calculée que pour 8 parcs français. Pour ceux-ci, la mortalité varie de 0,3 à 18,3 oiseaux tués par éolienne et par an (avec une moyenne de 7) ; des résultats comparables à ceux obtenus aux Etats-Unis (5,2 selon Loss et al., 2013) ou au Canada (8,2 selon Zimmerling et al., 2013). Certains parcs n’impactent donc qu’un faible nombre d’oiseaux, du moins en ce qui concerne la mortalité directe par collision, tandis que d’autres sont beaucoup plus impactant.

Mais, plus que le nombre d’oiseaux retrouvés, ce sont bien les espèces auxquelles ils appartiennent qui permettent d’évaluer l’impact de l’éolien sur des populations parfois menacées.

… qui touche principalement les migrateurs et les rapaces

Les migrateurs, principalement des passereaux, représentent environ 60 % des cadavres retrouvés. Les roitelets à triple bandeau et les martinets noirs, impactés principalement lors de la migration postnuptiale, sont les espèces les plus retrouvées sous les éoliennes françaises.

Les rapaces diurnes (faucons, milans, busards, etc.), impactés principalement en période de nidification sont, par contre, indéniablement les premières victimes des éoliennes au regard de leurs effectifs de population.

La proximité des ZPS (Natura 2000) est le principal facteur d’impact identifié

La mortalité directe due aux éoliennes est au moins deux fois plus importante dans les parcs situés à moins de 1 000 m des Zones de Protection Spéciale (zones Natura 2000 au titre de la Directive Oiseaux). De plus elle y affecte bien plus qu’ailleurs les espèces inscrites à l’Annexe I de la Directive Oiseaux mais également celles considérées comme menacées sur la liste rouge des oiseaux de France métropolitaine (Faucon crécerellette, Milan noir, Busard cendré, Mouette mélanocéphale, Aigrette garzette, Avocette élégante, Bondrée apivore, Œdicnème criard, Cigogne blanche, etc.).

Les parcs les plus récents sont généralement plus vertueux que les anciens

Enfin, les parcs les plus anciens – ceux mis en service avant 2004 – sont plus souvent que les autres situés dans des espaces naturels et à proximité des ZPS. Il conviendra donc d’être vigilant vis-à-vis de toute démarche qui consisterait à simplifier leur renouvellement sans prise en compte sérieuse des enjeux biodiversité.

Conclusion

L’étude montre la nécessité et l’urgence de disposer d’un protocole de suivi robuste applicable à tous les parcs éoliens.

Pour réduire la mortalité des oiseaux, elle confirme la nécessité de mieux prendre en compte les migrateurs nocturnes lors du développement des projets et de préserver les espaces vitaux des rapaces diurnes, premières victimes des éoliennes au regard de leurs effectifs de population.

Elle recommande également d’éviter l’implantation d’éoliennes dans mais aussi à proximité des ZPS.

Elle attire enfin l’attention sur les parcs éoliens les plus anciens qui sont également, souvent, les plus problématiques.

<Media190|vignette|left> Marx (2017). Le parc éolien français et ses impacts sur l’avifaune - Etude des suivis de mortalité réalisés en France de 1997 à 2015